MAI(S) ENCORE - 2024
Projet de résidence au collectif Bonus à Nantes (France)
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Projet de résidence au collectif Bonus à Nantes (France)

J’ai réalisé ce projet lors d’une résidence de deux mois à Nantes au collectif Bonus. Il avait comme sujet de départ les arbres en ville, mais la recherche s’est progressivement élargie à une réflexion plus vaste sur la présence du vivant en milieu urbain. Les réflexions ont pris la forme d’une série de sculptures installées sur la clôture entourant un arbre protégé, visible depuis la fenêtre de ma chambre.
Cet arbre, entouré d’une clôture de protection, est un dispositif courant en France, mais beaucoup plus rare en Amérique du Nord. Celui-là était particulièrement intrigant, car l’arbre était mort. Cependant, la délimitation de la clôture faisait place à une panoplie d’êtres vivants, et l’arbre était le socle de nouvelles formes de vie. J’ai donc voulu utiliser cette clôture comme socle aux sculptures que j’allais réaliser lors de ma résidence.
Les sculptures ont été fabriquées à partir de bois recyclés, collectés dans l’atelier Gueule de bois où dans les poubelles. Ces matériaux, mêlant essences locales et bois exotiques, ont été transformés par des procédés d’assemblage, de laminage et diverses interventions en sculptage.
J’ai été surprise de voir comment le choix de travailler avec du bois recyclé fessait une sorte de miroir à toutes sortes d’enjeux liés à l’utilisation du bois à Nantes et sur la présence des arbres dans cette ville. Par exemple, la présence du bois provenant d’Afrique fait écho à l’histoire fortement coloniale de Nantes, notamment par son passé en tant que port majeur d’importation de bois. Dans les parcs de Nantes, on ressent la colonisation par la présence des divers arbres exotiques, qui font partie maintenant du paysage nantais.
Une des œuvres que j’ai faits, intitulée « Point d’in-héron-gation », s’inscrit dans la continuité de ce constat. Elle fait écho à un projet municipal visant à transformer une friche — un lieu informel où existaient une panoplie d’usages communautaires et une biodiversité florissante, en un « espace nature » touristique, ouvert selon un horaire précis. Ce dernier avait comme objectif de départ de contenir une chute artificielle, un jardin de plantes exotique et un arbre en métal avec des sculptures de hérons géants mécaniques (je n’invente rien ici). Pour moi, ce projet s’inscrit dans une continuité et une esthétique coloniale complètement déconnectée du vivant et son contexte social.
Certaines des sculptures de ce projet s’ancrent, elles, dans des rencontres vécues sur place et en lien avec le lieu de l’intervention, la cité des hauts pavés, une série de bâtiments d’où je logeais lors de ma résidence. L’une des sculptures est un hommage au chien d’une voisine nommée Soizic, rencontrée pendant ma résidence lors de ses promenades quotidiennes. Les chiens, dans ma pratique, reviennent souvent. Dans ce cas-ci j’étais intéressé sur leur contribution à faire amener les gens à fréquenter les espaces verts et à leur manière de maintenir une présence du vivant en ville. Pour une autre sculpture, j’ai réalisé un portrait de l’architecte de la cité des hauts pavés, Michel Roux-Spitz. Il avait une vision de l’espace habité comme devant contenir un minimum de 50 pour cent d’espace vert. Les habitants de la cité des hauts pavés parlent beaucoup de lui en bien, car ils profitent avec joie des grands espaces verts couvrant la moitié du projet architectural.
L’esthétique de l’ensemble de mon installation s’inspire à la fois de l’iconographie médiévale (jardin clos, pôle de mai, bestiaires, etc.) et de l’énergie festive, rebelle et contestataire propre à la ville de Nantes. Plusieurs sculptures prennent ainsi la forme de drapeaux en bois, contribuant à créer une atmosphère de fête et de manifestation. Ce geste renvoie également à la tradition de l’arbre de mai, historiquement érigé lors des fêtes printanières païennes dans les villes médiévales. Cet arbre, selon les historiens, était le premier « arbre en ville » et marquait l’introduction du vivant dans l’espace urbain médiéval européen, qui était autrefois bâtie dans un objectif de se séparer de la « nature ».
Le titre « Mai(s) encore » de mon installation prolonge l’idée de l’arbre en ville. Que signifie encore « introduire » le vivant en ville ? Comment imaginer nos espaces verts dans un contexte d’urgence climatique? Et comment dépasser la séparation persistante entre nature et espace urbain ?
Cet arbre, entouré d’une clôture de protection, est un dispositif courant en France, mais beaucoup plus rare en Amérique du Nord. Celui-là était particulièrement intrigant, car l’arbre était mort. Cependant, la délimitation de la clôture faisait place à une panoplie d’êtres vivants, et l’arbre était le socle de nouvelles formes de vie. J’ai donc voulu utiliser cette clôture comme socle aux sculptures que j’allais réaliser lors de ma résidence.
Les sculptures ont été fabriquées à partir de bois recyclés, collectés dans l’atelier Gueule de bois où dans les poubelles. Ces matériaux, mêlant essences locales et bois exotiques, ont été transformés par des procédés d’assemblage, de laminage et diverses interventions en sculptage.
J’ai été surprise de voir comment le choix de travailler avec du bois recyclé fessait une sorte de miroir à toutes sortes d’enjeux liés à l’utilisation du bois à Nantes et sur la présence des arbres dans cette ville. Par exemple, la présence du bois provenant d’Afrique fait écho à l’histoire fortement coloniale de Nantes, notamment par son passé en tant que port majeur d’importation de bois. Dans les parcs de Nantes, on ressent la colonisation par la présence des divers arbres exotiques, qui font partie maintenant du paysage nantais.
Une des œuvres que j’ai faits, intitulée « Point d’in-héron-gation », s’inscrit dans la continuité de ce constat. Elle fait écho à un projet municipal visant à transformer une friche — un lieu informel où existaient une panoplie d’usages communautaires et une biodiversité florissante, en un « espace nature » touristique, ouvert selon un horaire précis. Ce dernier avait comme objectif de départ de contenir une chute artificielle, un jardin de plantes exotique et un arbre en métal avec des sculptures de hérons géants mécaniques (je n’invente rien ici). Pour moi, ce projet s’inscrit dans une continuité et une esthétique coloniale complètement déconnectée du vivant et son contexte social.
Certaines des sculptures de ce projet s’ancrent, elles, dans des rencontres vécues sur place et en lien avec le lieu de l’intervention, la cité des hauts pavés, une série de bâtiments d’où je logeais lors de ma résidence. L’une des sculptures est un hommage au chien d’une voisine nommée Soizic, rencontrée pendant ma résidence lors de ses promenades quotidiennes. Les chiens, dans ma pratique, reviennent souvent. Dans ce cas-ci j’étais intéressé sur leur contribution à faire amener les gens à fréquenter les espaces verts et à leur manière de maintenir une présence du vivant en ville. Pour une autre sculpture, j’ai réalisé un portrait de l’architecte de la cité des hauts pavés, Michel Roux-Spitz. Il avait une vision de l’espace habité comme devant contenir un minimum de 50 pour cent d’espace vert. Les habitants de la cité des hauts pavés parlent beaucoup de lui en bien, car ils profitent avec joie des grands espaces verts couvrant la moitié du projet architectural.
L’esthétique de l’ensemble de mon installation s’inspire à la fois de l’iconographie médiévale (jardin clos, pôle de mai, bestiaires, etc.) et de l’énergie festive, rebelle et contestataire propre à la ville de Nantes. Plusieurs sculptures prennent ainsi la forme de drapeaux en bois, contribuant à créer une atmosphère de fête et de manifestation. Ce geste renvoie également à la tradition de l’arbre de mai, historiquement érigé lors des fêtes printanières païennes dans les villes médiévales. Cet arbre, selon les historiens, était le premier « arbre en ville » et marquait l’introduction du vivant dans l’espace urbain médiéval européen, qui était autrefois bâtie dans un objectif de se séparer de la « nature ».
Le titre « Mai(s) encore » de mon installation prolonge l’idée de l’arbre en ville. Que signifie encore « introduire » le vivant en ville ? Comment imaginer nos espaces verts dans un contexte d’urgence climatique? Et comment dépasser la séparation persistante entre nature et espace urbain ?



